Lors des élections municipales qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains, je vais solliciter votre confiance. Je vais vous demander un acte fort et engageant, celui de voter pour moi pour être le prochain maire de Marseille. Je mesure ce que cela représente et l’importance de ce choix.

Marseille, mon histoire

L’élection du maire, c’est d’abord la rencontre d’une femme ou d’un homme avec le peuple marseillais. C’est l’aboutissement d’un engagement, d’une construction, d’un long cheminement et d’une relation passionnelle, j’oserai même dire fusionnelle avec les marseillaises et les marseillais.

Entre le maire et ses administrés, il doit y avoir de la confiance, de la complicité, de la sincérité, de la franchise et du respect mutuel.

J’ai donc estimé que la moindre des choses était de me présenter à vous, sans filtre, sans retenue et sans pudeur. Cette démarche n’est pas ordinaire mais j’ai estimé que je vous la devais. C’est ce que je fais ici au travers de ces quelque lignes en vous ouvrant mon cœur rempli de bienvaillance, de compassion et d’ambition pour notre ville.

Je suis née à Marseille le 10 juin 1968, très exactement à la maternité de la Belle de Mai comme une grande partie des petits marseillais de ma génération.

Mes grands-parents étaient arrivés d’Algérie quelques années plus tôt et s’étaient installés, avec beaucoup d’autres, dans des bidonvilles des quartiers nord de la ville. C’est là que commence mon histoire, à Bassens, une cité du 15eme arrondissement de Marseille coincée entre la zone industrielle et le chemin de fer, à quelques centaines de mètres de la mairie de secteur où je suis aujourd’hui élue.

De cette période de mon enfance, je garde un souvenir lointain mais bien réel. J’ai été élevée par mes grands-parents qui ne parlaient pas un mot de français. Nous vivions dans des conditions de vie rudes et difficiles où la pauvreté extrême faisait grandir les enfants beaucoup trop vite. La promiscuité était totale si bien qu’en réalité, nous vivions tous les uns chez les autres au sein de communautés fortes et mêlées. Mais je me souviens aussi de la solidarité et de l’entraide qui se dégageaient de cette vie collective improvisée et décousue. Personne n’avait beaucoup mais tout le monde avait assez pour partager le peu qu’il avait. Aujourd’hui encore, au-delà du temps qui s’est écoulé, je conserve de ces premières années de ma vie des amitiés indéfectibles, sincères et une volonté absolue de ne rien oublier.

Je n’ai rien oublié aussi des valeurs que m’ont enseigné mes grands-parents quand j’étais enfant: le respect, le partage, la politesse, la générosité. Mes grands-parents ne sont jamais allés à l’école mais ils savaient être intransigeants et aimants à la fois. Et à l’époque, personne ne contestait l’autorité des anciens !

J’ai ensuite passé mon adolescence à Campagne-Lévêque, une cité du 15eme arrondissement qui ressemble à tant d’autres dans notre ville. Dans ce quartier perché sur les hauteurs de Marseille où j’étais scolarisée à l’école des sœurs, j’ai découvert la vie. J’ai vécu là jusqu’à mes 20 ans.

C’est durant ces années de jeunesse que j’ai compris que rien ne serait facile, que la vie serait remplit d’embûches, d’obstacles et de coup bas. C’est aussi là qu’est née la révolte et qu’a pris corps mon engagement politique. C’est à ce moment que se sont forgées les convictions qui me guident encore aujourd’hui et que sont apparues les racines de mes combats à venir.

La vie a fait de moi une autodidacte. Mais elle m’a tant appris !

Mes premiers combats, je les ai menés au sein d’associations de quartier pour lutter contre les ravages de la drogue et du sida qui décimaient la jeunesse. Dans les années 80, quand ce fléau maudit a débarqué dans les cités, personne n’était préparé. Ce fut une véritable hécatombe. J’ai vu tant de copains, d’amis d’enfance tombés dans la dépendance et sombrés dans un engrenage infernal qui a détruit des familles entières. Pour beaucoup, le combat était malheureusement perdu d’avance. Des amis proches et chers ont été emportés par cette malédiction. J’ai été profondément marquée et meurtrie par cet épisode de ma vie. On ne sort jamais indemne de ce genre d’épreuves.

C’est à ce moment que j’ai décidé de m’engager en politique. J’avais 16 ans et j’étais alors portée par des sentiments intérieurs confus et contradictoires où se sont mêlés la rage, la révolte, la rébellion mais aussi l’espoir, le refus d’abdiquer, la volonté d’avancer.

J’ai fait mes premiers pas en politique aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et de Marie-Noelle Lienneman.

J’ai alors eu la chance de croiser Guy Hermier, un homme politique extraordinaire et en avance sur son temps. Il était maire des 15eme et 16eme arrondissements. Il m’a appris ce que sont l’intérêt général, le bien commun, la vision collective. Il m’a aussi appris la patience et m’a fait comprendre qu’il fallait franchir les étapes une à une pour atteindre la maturité. Je n’ai jamais oublié ses conseils que je me suis efforcée d’appliquer pendant tout mon parcours.

J’ai ainsi débuté à ses côtés comme simple adjointe d’arrondissement chargée des écoles à la mairie du 15/16. Je n’avais que 27 ans mais j’étais déjà persuadée que l’éducation et l’enseignement sont la clé de tout. J’ai beaucoup appris de cette première expérience.

Six ans plus tard, je suis entrée pour la première fois au sein du conseil Municipal de Marseille. J’ai toujours été dans l’opposition à la majorité municipale de Jean-Claude Gaudin. J’ai toujours respecté l’homme, sa fonction de Maire de Marseille mais j’ai toujours lutté farouchement contre sa politique, contre sa vision fracturée et déséquilibrée de Marseille qui ont conduit à tant d’injustices, d’inégalités et de dysfonctionnements dans notre ville. Aujourd’hui, ce sont malheureusement les marseillaises et les marseillais qui paient la facture des mauvais choix et des erreurs de l’équipe municipale de Jean-Claude Gaudin.

Je suis ensuite devenue maire des 15eme et 16eme arrondissements puis Sénatrice des Bouches du Rhône. Quand je suis entrée au Sénat, haut lieu de notre République et de l’Histoire de France, j’ai fait entrer avec moi un petit bout de toutes ces personnes que j’ai côtoyées, avec qui j’ai grandi et avec qui j’ai partagé un morceau de ma vie. C’est aussi ça la beauté et la grandeur de la France.

Tout au long de ces années, j’ai appris. Je me suis construite. Le travail, la volonté, le courage et la persévérance ont toujours été mes roues de secours. Ce sont ces valeurs qui me donnent encore la force d’avancer et de ne jamais rien lâcher.

Je me suis toujours efforcée de ne jamais trahir la confiance de mes électeurs, d’être dans la sincérité et la proximité, de tenir un langage de vérité et de transparence, de rester fidèle à ce que je suis et à ce pourquoi ils m’ont élu. Je n’ai jamais triché avec eux. Je suis toujours allée au bout de mes combats et de ce que je croyais juste. Ce n’est jamais la voie la plus facile mais c’est la seule qui me permet d’être en harmonie avec moi-même.

Sur un plan personnel, ma vie a également évolué. Mariée, mère de 4 enfants, je suis aujourd’hui une femme heureuse, épanouie et apaisée. Lorsque j’ai quitté la cité de Campagne-Lévêque à l’âge de 20 ans, j’ai d’abord habité dans le centre-ville pendant près de 15 ans. Puis, nous avons habité dans le 8eme arrondissement avant de nous installer dans notre maison dans le 7eme arrondissement.

Marseille, ma ville, je la connais et je l’ai vécue sous tous ses aspects et dans toutes ses dimensions, des taudis du nord jusqu’au quartier du Roucas. Je suis aujourd’hui loin des bidonvilles qui m’ont vu naitre mais je n’ai rien oublié. Rien oublié de la misère, de la détresse, de la pauvreté qui demeurent malheureusement si présentes pour tant de familles marseillaises.

Mon passé reste ma boussole et mon histoire balise mon cap.

Depuis que je fais de la politique, je me suis toujours occupée des plus fragiles, des plus démunis, de ceux qui souffrent dans leur quotidien et qui finalement ont le plus besoin de l’action politique. Contrairement à certains qui ont fait de la misère sociale un fonds de commerce politique, j’ai toujours agi dans le concret, dans la proximité et les deux pieds bien ancrés dans la réalité. Et pendant toutes ces années, sur le terrain et auprès des habitants, je me suis malheureusement retrouvée souvent bien seule.

Tout au long de ce parcours, il y a eu beaucoup de moments heureux d’accomplissement personnels et politiques. Il y a eu aussi des coups bas, des coups tordus, des propos insultants et calomnieux, des menaces. Cela fait parait-il parti de la politique !

Certains personnages politiques, certains commentateurs de la vie publique ont toujours considéré que j’étais une anomalie dans leur représentation ou leur système. Ils ont raison, je me suis construite à rebours des stéréotypes, de leurs codes et de leur vision binaire de Marseille et de la société.

Certains vont même jusqu’à me reprocher mon parcours personnel et ma progression sociale. Comme si quelqu’un né dans une cité des quartiers nord était condamné à vivre toute sa vie dans un logement social et devait sans cesse se justifier de son évolution dans la société. Ces gens sont encore plein de clichés. Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à envoyer des lettres anonymes à la justice pour provoquer le déclenchement d’une enquête sur ma maison. Parfois, la politique n’a pas de limite. Je trouve ces comportements abjects et méprisables.

Malgré tout, personne ne changera la réalité de mon histoire et ma détermination.

Rien n’était écrit d’avance, rien ne m’a été donné, j’ai tout arraché au destin. Dans ce parcours, il y a bien-sûr une part de chance, des opportunités. C’est indéniable. Mais il y a aussi et surtout, beaucoup de travail et d’effort, des amitiés fidèles qui ne se sont jamais éteintes, une volonté de rompre les barrières et les préjugés pour se dépasser. Je ne tournerais jamais le dos à mon histoire.

Et à vrai dire, je serais heureuse que mon parcours en inspire beaucoup d’autres et que chacun, où qu’il soit né et quelle que soit sa position sociale, se donne les moyens d’évoluer grâce à son travail et sa volonté. D’autres que moi y sont également parvenus. Des amis d’enfance sont devenus médecins, chefs d’entreprise, professeurs, cadres, avocats ou ingénieurs. A chaque fois, ces réussites sont des exemples et des encouragements.

Le rôle des gouvernants est donc aussi d’impulser la réussite du plus grand nombre, de favoriser le dépassement de soi, de donner l’envie de s’élever socialement. C’est ce que chacun d’entre nous souhaite pour ses enfants et ceux qu’il aime. D’autant que l’épanouissement personnel et la réussite individuelle sont le meilleur gage de la progression collective. L’essentiel est de ne jamais oublier d’où l’on vient et pourquoi on fait les choses. A partir de là, il y a peu de chances de se tromper de route !

De ce cheminement long et patient, j’ai construit une vision. Je me suis nourri de vous, des marseillais dans toutes leurs diversités et leurs complexités.

Comme chacun de vous, je vis la ville. Je connais l’étendue de ses atouts, sa beauté comme ses difficultés et ses défaillances. Les problèmes de Marseille ne m’effraient pas, je me suis préparée à les aborder avec ouvertures, sens des priorités et discernement.

Pour gouverner Marseille, il faut une vision, du courage et de l’envie.

J’ai passé la moitié de ma vie à construire ce chemin qui me mène à vous. Nous avons partagé l’effervescence des grandes heures de notre ville, comme ses blessures profondes.

Ensemble, il est temps de regarder Marseille dans les yeux sans se cacher la vérité. Simplement dans l’objectif commun de la rendre telle que nous l’aimons, telle que nous la rêvons ouverte sur le monde et la méditerranée, autour d’un peuple uni et apaisé, dans un environnement sécurisé et écologique, avec des infrastructures modernes et compétitives, fondé sur des politiques publiques solidaires, justes et équitables.

Marseille m’a tout donné. Je veux rendre le bonheur qu’elle m’a apporté à tout le peuple de Marseille.

Avec toute mon affection,
Fidèlement,

Samia GHALI